Sandrina Fasoli

Mode

15-04-12

Sandrina Fasoli

Sandrina Fasoli

Sandrina Fasoli, un nom essentiel de la mode belge, est formé par un très charmant duo, Sandrina Fasoli et Michael Marson. Ils nous ont accordé de leur temps pour répondre à nos quelques questions.

Si vous ne connaissez pas encore leur boutique Place Brugmann, courez-y...

La féminité est souvent citée comme élément important dans vos créations. Pourriez-vous nous expliquer votre vision de la féminité?

S: On a toujours eu un amour du vêtement, dans le détail, dans la coupe, le tombé... Mais ça a toujours été pour rendre la femme belle, pour l'accompagner dans sa propre beauté. On a toujours été très loin du vêtement conceptuel. Une belle pièce, quand on la met sur une femme, peut devenir un "sac à patates" ou quelque chose de très déforme, qui l'embellit pas forcément. Après, on a nos codes de la féminité; on n'aime pas forcément les choses un peu clichées. Par exemple, les choses super moulantes, vulgaires ou sexy à deux francs. On montre une certaine partie du corps mais pas complétement; c'est toujours très subtil. La féminité c'est aussi à travers les matières. On a beaucoup de matières fluides et on joue beaucoup avec les couleurs, les accords.

Est-ce que vous imaginez un certain genre de femme quand vous créez vos collections?

M: Au début, oui, c'était comme ça. Quand on a commencé on travaillait toujours avec les mêmes filles et les mêmes mannequins. Une en particulier, parce que c'était un coup de cœur. Et c'est vrai qu'après, automatiquement on pensait à elle un petit peu. Après, les collections ont suivi, le temps a avancé, et on est devenu plus mature par rapport aux collections et au travail. On a toujours été attiré par l'attitude de la femme, des mouvements, des gestes. Il y a d’autres choses qui nous ont fait évoluer, par exemple l'ouverture de notre boutique. Avant, on vendait exclusivement dans les multimarques, et là on n'a pas vraiment de feedback ou de retour. On sait si ça se vend bien ou pas, mais on ne sait pas qui achète ou qui n'achète pas, ce que les clientes demandent, pourquoi elles n'ont pas pris telle ou telle pièce. Et là, avec notre magasin, ça a changé. On a vraiment un feedback direct. On voit aussi qu'on n'a pas une publique cible qui a 25 ans, par exemple, ou 40 ans; c'est très varié. Et ça c'est chouette parce que ça veut dire qu'il y a plein de femmes différentes qui sont attirées par la collection. Elles ne sont pas forcément des filles qui font un 34 ou un 36; on habille des femmes qui sont plus rondes, et je trouve ça chouette aussi.

Vous vous dites passionnés des années 20 aux 50. Qu'est-ce que vous aimez dans les styles de ces années-là?

S: Pour moi, dans les années 20 ou 30, c'est surtout l'élégance. Des coupes très longilignes, la taille très basse, le corps pas du tout marqué. La recherche de détail aussi. On pourrait avoir par exemple toute une ligne de petits boutons sur une manche, qui en fait ne sont pas du tout pratiques, mais les petits détails comme ça faisaient la richesse des vêtements. Les matières aussi: ils étaient très souples, beaucoup de voiles, des choses transparentes et des jeux de transparences.

M: C'était assez technique aussi, quand on regarde vraiment les vêtements des années 20 et 30. Ils sont très bien faits, et à l'époque il n'y avait pas la technologie qu'on a maintenant. Ils étaient très minutieux, et je pense que c'est cela qu'on aime bien aussi dans ces années-là. Peut-être le détail un peu subtil aussi, qui a un rapport avec nos vêtements. Nos vêtements ne font pas années 20 ou années 30, mais on a le sens des matières, et on cherche un peu la même élégance.

Pourquoi vous avez décidé de travailler ensemble après vos études?

M: Premièrement, on est meilleurs amis - mais ce n'est pas que ça la raison! On s'est rencontré à la Cambre, et directement on est devenu très proches. Ce n'est pas juste une question d'amitié, ni de travail; c'est les deux.

S: On s'entend très bien, on a la même sensibilité... Enfin, on a chacun une sensibilité différente, mais ça s'accord très bien. Quand on était à la Cambre, on faisait nos collections séparément, parce qu'on devait faire chacun son propre chemin. Moi, j'avais vraiment besoin des conseils de Michael, et je pense réciproquement. On avait vraiment l'habitude de se donner des conseils. On travaillait dans la même pièce et il y a toujours eu une facilité de dialogue.

Vous avez un sens de qui fait quoi, ou vous travaillez ensemble du début à la fin?

S: On a chacun ce qu'on préfère faire...

M: ... Mais au niveau de la création et l'ADN de la marque, c'est vraiment nous deux. C'est drôle parce que souvent quand on dessine, il y a des idées communes qui viennent au même moment. Quelque part c'est normal, parce qu'on évolue vraiment ensemble.

S: Quand on travaille à deux, souvent on ne sait plus de qui vient une idée. Moi, quand je regarde un look book, je ne sais pas du tout dire si une idée vient de Michael ou de moi.

Si l'ADN de la marque vient justement de vous deux, comment cela se fait que vous ayez choisi un de vos deux noms, plutôt que les deux, pour la marque?

S: C'était très naïf au départ, en fait. Quand j'étais à la Cambre, j'ai gagné le Festival d'Hyères, et ça avait amené beaucoup de presse. J'ai eu presque la chance de faire une collection pour un grand magasin au Japon, puis j'ai fait une collection pour un magasin français. Donc j'avais un nom qui, à ce moment-là, a quand même eu pas mal de presse. Naïvement et par facilité, on s'était dit qu'on continuerait avec ça. Maintenant c'est vrai que ça a perdu son sens, parce qu'on a complétement évolué à deux. Souvent je regrette très fort qu'il n'y a pas le nom de Michael aussi.

M: On avait réfléchi, et moi je trouvais que nos noms de famille n'allaient pas ensemble. On aurait pu inventer un nom, mais on n'avait pas spécialement envie. Je pense que j'avais dit à Sandrina, pourquoi on ne prend pas ton nom? C'est féminin, c'est un joli nom, et ça va bien avec les vêtements. "Marson et Fasoli", ça ne serait pas la même chose!

L'intérieur de votre boutique sur la Place Brugmann est blanche, très épurée. Est-ce que vous vous impliquez dans le design et l'univers de la boutique?

M: Oui. Quand on a lancé le projet de la boutique - comme on n'a pas les moyens d’une grosse marque - on a eu la chance énorme d'avoir eu les propositions de trois bureaux d'architectes. C'était marrant aussi de voir comment des autres interprétaient notre marque. On avait été voir les trois; il y en avait un en particulier qui nous a donné des bonnes pistes, et on a décidé de travailler avec eux. Après on travaillait tout le temps en tandem; on a dit ce qu'on voulait et ce qu'on ne voulait pas. Evidemment, il fallait prendre en compte l'endroit. On aimait beaucoup la vitrine et la façade, qui sont un peu anciennes, et qu'on voulait garder, évidemment. On voulait garder aussi le plancher, mais mélanger ça avec quelque chose de plus brut devant. On voulait quelque chose d'assez lumineux, et flexible par rapport aux collections. On ne peut pas changer la peinture du magasin tous les six mois! Et je trouve qu'ils l'ont très bien fait.

La mode belge est devenue une référence au niveau mondial. Est-ce que vous pensez que cela aide ou pas aux jeunes créateurs belges?

S: Je pense que ça aidait beaucoup il y a vingt ans, ou il y a dix ans à la limite, mais plus maintenant. C'est une marque de qualité, donc c'est vrai que quand les gens savent que c'est belge, ils se disent que c'est du sérieux et tout ça, mais ça n'incite plus les acheteurs japonais à acheter, par exemple. Alors que ça le faisait il y a vingt ans, ça c'est clair.

M: Il y a vingt ans, si t'étais belge à un salon à Paris, les gens faisaient la file pour acheter, même si t'étais pas connu. Plus maintenant.

Est-ce qu'il y a une étape du processus de création de vos vêtements que vous préférez?

S: Moi, personnellement, c'est quand on dessine - donc au tout début - et quand les prototypes arrivent de chez le fabriquant, parce que quand tu vois le vêtement en vrai c'est autre chose. Pour moi c'est ces deux étapes-là.

M: Pour moi, c'est ces deux étapes-là et le shooting. Ce n'est pas vraiment le moment quand on prend les photos que j'aime bien - enfin si, un peu la préparation et tout ça - mais c'est plutôt après quand on les a en main.

Si vous n'étiez pas créateurs, qu'est-ce que vous aimeriez faire?

M: Avant j'aurais dit photographe, parce que j'ai toujours aimé la photo depuis que je suis petit. Et je l'adore toujours, mais comme j'en fais presque jamais... Mais j'adore la mode, donc j'aurais pu aussi être consultant, ou journaliste, ou quelque chose comme ça. Je m'intéresse beaucoup à ce que les autres font; je n'ai jamais été quelqu'un qui est juste dans son truc. J'ai toujours aimé regarder tous le défilés, regarder tout ce qui se passe. C'est un univers que j'ai toujours aimé. J'aime bien cette énergie, j'aime bien le travail, j'aime bien que ça change tout le temps - même si des fois je trouve que ça va un peu trop vite, et on n'a plus le temps de vraiment apprécier des jolies choses.

S: Avant j'avais plein d'idées, mais maintenant, vu que ça fait huit ans qu'on fait la collection... on a un peu l'impression qu'on ne sait plus faire que ça! Et c'est bizarre parce que - à l'opposé de Michael - la mode n'est pas du tout ma vie. Je ne regarde pas le défilés - allez, oui, je regarde...

M: Parce que je la force!

S: Parce qu'il me force, et je sais que je vais me faire engueuler si j'en ne regarde pas! Mais ou si non... avant j'aurais dit danseuse classique. J'avais commencé à danser très tôt et j'ai continué jusqu'à mes 18 ans. Puis j'ai commencé à la Cambre, et pour la danse ça n'allait plus du tout. Et puis, bon, à 18 ans c'est un peu trop tard pour commencer une carrière de danseuse! Aujourd'hui ça serait plus quelque chose avec mes mains. Si j'avais été un homme, j'aurais sûrement été ébéniste. J'ai toujours trouvé que c'est un métier incroyable... tu pars de rien et tu fais des belles choses.

C'est un peu ce que vous faites avec les habits aussi, non?

S: On n'a plus vraiment cette sensation, comme on ne coud pas la collection nous-mêmes. Mais moi, j'avais ça avec mon papa. Il a été tailleur toute sa vie et quand j'étais petite il nous faisait des déguisements et nos uniformes d'école. Je trouvais ça incroyable. Pour moi c'était vraiment un magicien.

Merci Sandrina et Michael.

Infos pratiques :

22 Place Brugmann
1050 Bruxelles
Tel. 02 343 33 86

www.sandrinafasoli.com