Benoît Bèthume

Mode

28-09-12

 Mémoire Universelle  par Benoît Bèthume

"Mémoire Universelle" par Benoît Bèthume

Benoît Bèthume est diplômé de la Cambre, il travaille dans le milieu artistique belge et français en tant que consultant en image.

Talentueux narrateur visuel, il nous transporte dans ces délicieux récits imagés. Ce styliste belge, créatif insatiable, nous plonge dans les univers qu’il fabrique où apparaissent ses personnages imparfaits, attachants et parfois étranges.

Il travaille sur le style de Carven, Véronique Leroy, I-D, et Paule Ka entre autres.

Benoît Bèthume possède un côté excentrique, il chuchote plutôt qu’il ne parle et préfère le mimétisme avec les arrière-plans aux lumières. Une timidité énigmatique dans un monde d’ego exacerbé. Sa compréhension de la femme survole les cycles cruels de la mode.

Le 12 Octobre sort son premier livre "Mémoire Universelle". Son livre salue autant que possible la légèreté et la beauté du quotidien au travers des sujets dans les milieux de la mode, de l’art, du cinéma et de la musique.

Ses images nous font rêver...

Expliquez-nous vos différentes activités et les liens entre elles?

C'est un parcours qui m'a emmené sur plusieurs terrains. J'ai commencé comme rédacteur dans des magazines. J'ai toujours été attiré par l'image. Quand j'ai fait la Cambre, ce n'était pas le vêtement mais plutôt l'image qui m'intéressait.

Je suis allé travailler dans un magazine, le "Citizen K", et là j'ai commencé à faire des images de mode. Ce qui m'intéressait, c'était de créer des genres d'histoires. Je n'aime pas l'image de mode sur fond gris - je suis pas styliste dans ce sens-là. Je n'ai pas ce côté styliste de magazine, où c'est de l'assemblage de tendances. Je dois m'accrocher à un personnage, à une histoire. J'étais donc meilleur dans des choses plus narratives, et c'est ce qui m'a permis d'être remarqué par certaines marques comme Paul-Ka.

J'étais un peu parachuté là sans savoir ce que c'était être un DA (directeur artistique), ou être un consultant en mode. Je connaissais les noms mais concrètement je connaissais pas. J'ai donc appris de fil en aiguilles.

Ensuite on m'a demandé de plus en plus pour des choses de direction artistiques. Dernièrement Petit Bateau m'a demandé comme mission de ne pas toucher aux vêtements en tant que styliste mais de toucher à l'univers de Petit bateau, aux boutiques, ...

Directeur artistique, c'est un peu une extension du métier de styliste. C'est relié à la mode, car DA ça peut s'appliquer à la musique, au cinéma, à tout cela... C'est vraiment toujours par rapport à une histoire de mode.

La mode est votre passion depuis toujours? Comment êtes-vous entrez dedans?

Oui. J'ai toujours regardé les magazines de mode depuis petit. J'ai une mère un peu coquette mais je ne viens pas d'un univers parental qui m'a dirigé vers la mode. Ça m'a toujours intéressé de découper les pubs, les photos, ... Pour moi il n'y avait pas de doute que je devais me diriger vers la mode. Maintenant je commence à faire de la photo. Ça me plait beaucoup ; je me rends compte que ça me correspond peut-être mieux, mais à l'époque on se disait mode = école de mode. La conception des vêtements ne m'intéresse pas, et je ne suis pas très bon car je n'ai pas la patience. Mais j'apprécie un beau vêtement, comment il est travaillé, ... Je travaille auprès de créateurs comme Véronique Leroy, Carven, Guillaume Henry, et je suis admiratif de ces gens qui travaillent sur le corps... Moi je suis là pour un peu les aider à mettre tout ensemble.

Comment c'est de travailler avec tous ces grands noms?

J'ai la chance de travailler avec des gens qui me correspondent et qui sont devenus des amis ou qui étaient des amis. Du coup ce sont de vrais dialogues, des vraies complicités. Je pense que ce que je peux amener à une marque, je ne peux l'amener que si l'autre comprend. Je ne crois pas aux formules, à part si on est à un très haut niveau et qu'on "achète" le nom de quelqu'un pour donner du cachet à la marque, comme certaines marques font avec de grandes rédactrices. Mais à mon niveau, ils cherchent vraiment quelqu'un qui s'implique, qui comprend la marque, qui comprend leur personnalité. Il y a un soutien psychologique aussi - on passe des journées à parler, à regarder les vêtements, ... J'ai beaucoup de chance de travailler avec eux parce-que ils nous laissent la liberté de dialoguer. On est content de créer une histoire ensemble depuis le départ.

Le métier de consultant c'est quoi?

Si je parle à très haut niveau, vous venez quatre heures avant le défilé faire la sélection. C'est-à-dire, ce sont des séances d'essayage de trois à quatre heures hyper minutées, où l'on dit s'il faut un chapeau, pas de chapeau, tel coiffure, ...

Moi je ne travaille pas comme ça. Comme j'ai commencé très tôt j'avais du temps à donner et je les suis toute la saison. C'est beaucoup plus doux et beaucoup plus au commencement. Dès la réflexion de base du styliste, il me dit "oh j'ai pensé à ça! Est-ce que tu penses que c'est une bonne piste?" En général c'est oui ; il faut laisser les gens travailler, surtout les créatifs et ensuite on ajuste. Donc c'est vraiment depuis le départ, dans le choix des tissus, dans le choix des couleurs, c'est un accompagnement toute l'année.

Je trouve qu'il n'y a plus vraiment une tendance précise sur une saison, comme il y en avait quand j'ai commencé. Les marques doivent plutôt trouver leur identité, si on veut faire la différence à côté d'un fast fashion. Si on va acheter du Véronique Leroy, du Carven, c'est qu'on sait qu'on ne trouvera pas ça ailleurs. Il y a un esprit, il y a quelque chose. Notre travail n'est donc pas de dénicher la dernière tendance, c'est vraiment créer une collection, et aller jusqu'au bout de l'idée de cette collection.

La formation à la Cambre vous aide pour votre métier?

Oui, cette formation me permet de pouvoir trouver des solutions à une coupe, savoir comment est fait un vêtement, donc savoir comment on peut le transformer, le porter à l'intérieur à l'extérieur ... comment le vêtement va réagir à un tissu ... faire le choix des tissus sur base des dessins ... Ce qui est une grosse étape ; c'est un béaba que j'ai appris à la Cambre et qui me sert tous les jours.

Comment vous est venu l'idée de votre livre "Mémoire Universelle"?

Pendant un voyage à San-Francisco, j'avais deux jours de transit tout seul. Je réfléchissais, je me posais des questions, car je sentais que mon métier de styliste magazine était en train de virer vers de l'image. Si je faisais un projet, ça serait quoi? Qu'est-ce qui fait que j'aime ce métier? Qu'est-ce que j'ai retenu de ces dix ans de métier au Citizen-K? Ce sont les rencontres! Les rencontres humaines, avec des équipes, avec des personnalités hors du commun, mais pas le côté bling-bling. Je ne voulais pas que ça soit forcément un magazine de mode, ni un magazine d'art. Je voulais juste dédramatiser un peu toute l'image qu'on a de la mode en prenant des gens qui ont l'aire excentrique, qui sont intéressant visuellement, mais quand on lit leur interview on s'y retrouve. On se dit que c'est chouette qu'il y a des gens qui vont jusqu'au bout d'une passion. Des gens entiers, sincères et pas juste l'esthétisme, pas juste la beauté que certains côtés de la mode peut donner, dans le genre "Le Diable s'habille en Prada" et toutes ces bêtises : qu'il faut être beau, mince, méchant ...

Qu'elle est le concept de "Mémoire Universelle"?

Ça va être une série de neufs livres avec à chaque fois une thématique. Le premier thème est l'Amour. C'est un thème basique et je voulais justement trouver une manière différente de le voir... L'amour tragique, l'amour obsessionnel, l'amour au sens entier, au sens absolu. Le côté où l'amour est le sentiment qui fait basculer tout, donc on ne se met plus de barrière. En montrant des gens qui aiment vraiment et qui n'ont pas peur de l'image qu'ils rejettent, car ils assument complètement ce qu'ils aiment. C'est beaucoup de portraits, sur des écrivains, des illustrateurs, des photographes, ... Il y a une partie qui est sur des collectionneurs et ce qui m'intéressait dans la collection, c'est que c'est un amour matériel, et le côté psychologique derrière le collectionneur. Il y a cinq collectionneurs dans le livre, tous très différents. Il y en a un qui est obsessionnel, un autre qui achète tout ce qu'il trouve beau et qui est très compulsif. Il y en a une qui est très pragmatique, une autre sentimentale, ...

C'est à la fois des portraits comme ça, et il y a aussi des articles plus de fond fait par des journalistes. Par exemple, il y a une analyse de toute l'œuvre de William Vollmann, l'écrivain. Pour lui l'amour est lié à la prostitution. Le tout est à chaque fois accompagné d'un visuel.

Comment vous avez trouvé tous ces gens?

Des rencontres via via via, des rencontres par hasard. J'ai pas forcé et ce sont vraiment toutes des belles rencontres. Ce sont des gens nouveaux, pas spécialement connus. Je voulais que ça soit intemporelle, d'où le nom comme une encyclopédie. C'est un rapport au quotidien. La vrai beauté est d'être soi-même, de savoir qui l'on est!

Sortie du livre chez Hunting and Collecting en même temps que Modo, pour vous Modo est important pour Bruxelles?

Au départ c'est un pur hasard et j'en suis content. On a réfléchi à un concept - "Que va t-on raconter comme mode belge?" - car je n'allais pas mettre un livre en vitrine. On a décidé de faire une sorte de ligne du temps. Je vais créer des silhouettes comme un rédacteur de mode, avec des vêtements pris chez des gens qui me sont proches, ou pour qui j'ai été assistant, ou avec qui j'ai été en stage, à l'école, ... Il y a 15 à 20 personnes qui jouent le jeu, Cédric Charlier, Sandrina Fasoli, ... Ils me prêteront des vêtements qu'ils faisaient quand ils étaient à l'école, et ça a un rapport avec le côté affectif du magazine.

Modo c'est aussi ça, pour instruire les gens sur la mode. C'est un évènement important qui pourrait être encore plus médiatisé.

Y a-t-il de nouveaux noms dans le stylisme belge qui vous parlent?

Céline De Schepper, qui a été mon élève à la Cambre quand je donnais cours. C'était une chouette rencontre. C'est quelqu'un de passionné, de curieux. C'est une grande qualité à son âge d'être curieux, de se dire j'apprends encore, car les travers d'une école comme la Cambre - qui est très médiatisée - c'est quand on en sort on se dit qu'on va venir me chercher. Et non! Rien n'est acquis, tout est à apprendre.

Merci Benoît.

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