Offscreen 2012

Cinéma

03-03-12

Offscreen 2012 - rendez-vous des amoureux du cinéma de l'étrange et des films cultes

Offscreen 2012 - rendez-vous des amoureux du cinéma de l'étrange et des films cultes

Offscreen est un festival annuel du cinéma de l'étrange et des films cultes, qui fête son cinquième anniversaire cette année.

Cela se passe du 7 au 25 mars dans différents endroits à Bruxelles. Des films du monde entier, des classiques, des avant-premières, courts métrages, deux concerts et une conférence.

Tous les détails se trouvent sur le site www.offscreen.be.

On a parlé avec Dirk Van Extergem, organisateur du festival...

Offscreen set dit "rendez-vous des amateurs de cinéma insolite". Qu'est-ce que c'est pour vous le cinéma insolite?

C'est très dur à dire, évidemment. Insolite… ou "étrange", ça c'est un bon mot. Etrange, c'est tout ce qui est hors du commun. C'est vraiment ça. J'ai travaillé pendant dix ans pour le Festival du Film Fantastique, et on avait créé une petite section du festival qui s'appelait "le Septième Parallèle" - des films de genre qui étaient un peu... différents. On cherchait les films qui eux cherchaient des nouvelles formules, des films de genre, mais qui faisaient quelque chose de nouveau. Pour moi, dans le cinéma de genre on trouve peut-être des choses les plus communes, les plus répétitives, mais aussi des choses les plus expérimentales possibles.

C'est la cinquième édition de ce festival; pouvez-vous nous expliquer son histoire et son évolution?

Je pense qu'on a créé le festival au bon moment. On nous avait dit "vous faites des rétrospectifs, mais les gens ont tout sur DVD maintenant, ou ils téléchargent tout", mais c'est exactement ça qui a créé beaucoup plus de connaissance de ces films. Maintenant, tout est accessible, et ça créé de l'intérêt pour les films rétro. Avec les festivals, il y a le même truc qui se passe maintenant que pour la musique: les gens peuvent downloader tout ce qu’ils veulent, et ils achètent moins de disques, mais ils viennent aux festivals. Même s'ils téléchargent, il y a toujours un besoin de voir les films ensemble, de faire des rencontres. Un festival fait un bel emballage qui attire les gens. Et avec un festival, tu peux créer, pendant un court moment, une attention médiatique.

Finalement, on est un festival "niche" - on ne va jamais avoir le grand public. Et je pense qu'en ce moment, il n'y a plus de grand public - il y des différents publics. On vise d'avoir le public le plus grand possible sans qu'on ne doive, dans la programmation, faire des concessions pour l'avoir. On avait commencé juste comme ça, avec 5,000 euros de subsides, c'est tout; une coproduction avec le Cinéma Nova. C'était le Nova qui nous a donne vraiment l'opportunité de faire ce festival, parce que si tu dois louer une salle et tout ça... On a commencé la première année avec je pense 4,000 ou 4,500 spectateurs et maintenant on va vers les 8,000.

Par définition, le genre de film qu'on trouve dans Offscreen est underground, d'une manière ou une autre. Quels sont les renseignements que vous donneriez à quelqu'un qui voudrait découvrir ce cinéma underground - par où commencer, quels films ou réalisateurs?

Pour un public qui ne s'y connait pas, on montre comme exemple les films dont Tarantino s'est inspiré. C'est très simple; tout le monde connait Tarantino, et Tarantino est comme nous - la même génération, et il allait aussi dans les vidéothèques en cherchent des films particuliers… des films "B", films "Z", des films de genre, la blaxploitation... Jackie Brown, c'est de la blaxploitation. On avait invité la première année Jack Hill, qui avait travaillé avec Pam Grier. On avait montré Foxy Brown avec le réalisateur original. Il avait fait aussi un film sur les femmes en prison ("The Big Bird Cage") - on montre tout ce genre-là. Et quand tu regardes par exemple "Death Proof" ["Boulevard de la Mort" en français], on appelle ce genre-là en Amérique le "Grindhouse", et on essaie de montrer les films qui l'inspirent.

On remarque que ces films "cultes" traitent souvent des thèmes sombres, voir glauques, et que la violence joue très souvent un rôle. Est-ce que vous pensez que ce côté noir est indispensable pour le genre de film qui se trouve à l'affiche d'Offscreen?

Un autre terme pour ce cinéma, c'est le cinéma de transgression. Tu choques un peu les gens. Tu essaies d'aller vers les frontières du cinéma, des thématiques; ce sont des films qui s'interrogent. A la surface ce sont des films d'exploitation, mais au même temps... par exemple, les premières héroïnes du cinéma, on les trouvait dans les films "B", les films d'exploitation. Dans ces films, les héroïnes n’étaient pas juste considérées comme des "hookers" et tout ça; ces films donnaient aux femmes beaucoup plus qu'un film hollywoodien, où il n'y avait pas encore des héroïnes. Et c'est dans les films de genre qu'on a d'abord dénoncé - ou qu'on a pu parler - du problème de racisme. Quand tu vois un peu derrière la façade des films qui sont un peu "gore" et tout ça, c'est justement ces films-là qui reflètent beaucoup plus la société de leur époque.

Est-ce que pour vous il y avait une "belle époque" de ces films?

Oui, souvent on va vers les années 70, c'est clair. Là, je parle du cinéma américain... Les années 60, 70. C'est bizarre que les films cultes des années 80 soient les films des grands studios. Un film de Chuck Norris dit beaucoup sur la société américaine de Reagan à cette époque-là.

Et les films d’aujourd’hui?

C'est diffèrent. On a des films en avant-première au festival, mais là on ne peut pas parler des films cultes. On ne peut pas se dire, "Ouais, on sort un film, et ça va être un film culte..." Tu ne sors pas un film culte, ça devient culte... On cherche des films qui cherchent une nouvelle forme de s'exprimer. Des films qui sont radicaux, dans leurs formes et dans leurs contenus, et qui osent parler des choses taboues.

Offscreen 2012 : Parlons un peu des films qui sont à l'affiche pour cette édition... Avez-vous des coups de cœur en particulier cette année?

Ho... ce sont tous des coups de cœur! On a une thématique "Home Sweet Home" qu'on a développé. Il y a "The Shining" dedans - il faut toujours une entrée connue par le publique, mais j'espère que s'ils vont voir "The Shining", qui se passe dans un hôtel, ils vont aussi aller voir "Hukkunud Aplpinisti Hotell", un film qui vient de l'Estonie, et qui se passe aussi dans une sorte d'hôtel - ça, par exemple, c'est un perle rare. Le "pire" film du festival, c'est "The Room" - pire dans la mesure où il était fait par quelqu'un qui avait, j'ai écrit, "l'ambition d'Orson Welles mais le talent d'Ed Wood". C'est vraiment à voir.

A part le film estonien, il y a aussi des films polonais, canadiens, japonais, américains, allemands ... Comment vous sélectionnez les films?

C'est assez particulier. D'abord il faut dire qu'on n'est pas qu'un ou deux programmateurs. On a une équipe assez grande. Mais j'invite aussi des passionnés du cinéma - plusieurs - donc c'est assez ouvert aux différents points de vue. Quelqu'un de vingt ans, qui n’ jamais vu les films des années 70, a un avis complètement diffèrent.

Notre thématique "Home Sweet Home" a commencé avec "Hausu", un film japonais, complètement décalé. Il est incroyable, c'est aussi un de mes favoris. Ça se passe dans une maison hantée, donc on s'est dit, "ah oui, les maisons hantées, ça pourrait être une thématique". Mais on pose des questions beaucoup plus intéressantes que "est-ce qu'il y a un fantôme dans la maison?" Pour tout le monde, la maison c'est quelque chose de sacrée, et qu'est-ce que se passe quand, de l'intérieur ou de l'extérieur, cet endroit est envahi ou bouleversé ? Et là, tout de suite cette thématique est beaucoup plus "Offscreen". Il y a des films dedans qui sont plus classiques, il y a même "Poltergeist", mais il y a aussi des autres comme "In a Glass Cage", qui est pour moi un des meilleurs du 20ème siècle.

Est-ce que des films belges se trouvent à l'affiche d'Offscreen, cette année ou dans la passé?

Oui, on avait montré "Amer", par exemple, et quand il y a un film belge qui entre dans nos critères et qu'on peut programmer, on le programme. On a aussi créé Shortscreen pour les courts métrages, et là on montre toujours en grande partie des films belges - des courts métrages qu'on trouve vraiment particuliers.

Il y aussi des autres événements : une conférence ...

Dans le monde académique, dans les "Popular Culture Studies", il y a des études que je trouve très intéressants, mais les académiques sont un peu trop dans leur tour d'ivoire. J'ai voulu faire une synergie entre un festival pour les fans, et ce genre de… réflexion ; ça c'est une des ambitions qu'on a.

... et des concerts ...

Il y Calibro 35 - des gens qui, je pense, ont trouvé dans les collections de leurs pères des bandes sonores du cinéma, et de là ils ont créé un groupe. Ils sont déjà venus il y a deux ans. Maintenant ils ont carrément pris tout un film et créé un "live" de la bande sonore, qui est d'Ennio Morricone. C'est un autre concept, et comme c'est notre cinquième anniversaire, on s'est dit que ça serait bien qu'ils viennent encore une fois. L'autre groupe, B-Movie Orchestra, c'est diffèrent, ils choisissent la musique de plusieurs films, et font un concert avec des images derrière.

Quel avenir envisagez-vous pour Offscreen?

J'ai toujours dit qu'on allait le faire pendant cinq ans, et puis on verrait où on était. On a commencé avec rien, et maintenant on est reconnu ; on peut se développer, et c'est ça qui se passe. Maintenant on a un perspectif qui va au-delà des cinq ans. On peut y travailler pendant l'année, mettre plus d'énergie. On a des demandes des autres festivals, pour faire cette sorte de programmation. Tout ce qu'on fait hors du festival, on appelle ça aussi Offscreen - c'est une image de marque. J'espère qu'Offscreen va devenir vraiment une référence.

Merci Dirk.

Infos pratiques :

Du 7 au 25 mars 2012.

www.offscreen.be